Que content les chiffres ?

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Que content les chiffres ?

Que de chiffres ! Je m’en rends compte, à l’heure des oraux de fin d’année des élèves de BTS, des rendus des mémoires des élèves de master, des présentations professionnelles auprès de nos clients et d’une matinée passée à regarder les informations que les statistiques semblent être devenues un argument d’autorité, un mot d’ordre voire un dogme que nul ne peut ignorer. Chaque débat repose dorénavant sur la capacité des « orateurs » à distiller les bons chiffres au bon moment. D’ailleurs, saviez-vous que le marché de la doudoune progresse en France avec 5 500 doudounes vendues chaque jour, soit 2 millions de doudounes commercialisées chaque année ?

 

Il y a de cela quelques années, nous jugions la pertinence d’un débat entre deux présidentiables par leur capacité à deviner le nombre de sous-marins nucléaires que possède notre pays, quand la vraie question était de savoir s’ils sont toujours étanches et nucléaires, débat qui se poursuivait autour des chiffres de l’immigration, du chômage, du loto, etc. Aujourd’hui, ravi d’apprendre que « le nombre de chômeurs inscrits de catégorie A augmente de 0,4% sur un mois, à 3 509 800 fin mars. Le taux de chômage progresse de 0,1 point sur un trimestre, à 10% au 4e trimestre 2014″, je me pose une question : que nous content vraiment les chiffres ?

 

Les chiffres et les lettres.

Dès le lycée, la pensée est hierarchisée : les « bons » élèves seront envoyés en S, spécialité maths, et tous les systèmes de recrutement des grandes écoles seront conçus sur ce modèle visant à faire passer les chiffres avant les lettres. L’important pour les élèves ? Trouver l’inconnu(e) ! Les mathématiques, de par leur apparente rigueur, vous ouvrent les portes des plus grandes écoles, fussent-elles de lettres modernes.

Le message est clair : les chiffres sont premiers.

Et voilà comment j’ai détesté les maths !

 

La science, le nouveau dieu païen.

Prendre des décisions, c’est s’exposer à l’erreur de jugement. Dans notre société de l’anticipation, tout doute est déraisonnable et les outils mis à notre disposition font tout leur possible pour nous prévenir de cette angoisse qu’est l’inconnu. Siri, quel temps fait-il demain ? Quelles sont les tendances du chômage ?  Quelle est la couleur préférée des Français ? Quels sont nos risques d’avoir un cancer en fumant ? Un peu ? Beaucoup ? À la folie ?, etc.

La science est un dieu capable de prédire notre futur ! Avec une fiabilité de 73%, mon dimanche sera ensoleillé ! Je ne prendrai donc que 27% de mon parapluie avec moi pour un risque zéro. À quoi bon penser lorsqu’il suffit de savoir ?

Ainsi, refuser ce postulat relève du domaine du blasphème : « un blasphème est un discours jugé irrévérencieux à l’égard de ce qui est considéré comme sacré« . Ne pas calculer, c’est se discréditer.

Ainsi, l’inconnu(e) est devenu un risque !

 

C’est scien-ti-fique !

Les statistiques sont-elles objectives ? Ces chiffres, brandis à la moindre incartade, coupés de leurs contextes censés leur donner tout leur sens, sont utilisés comme des armes de déduction massive. Les armes sont-elles objectives ?

« La critique sociale prend souvent appui sur des arguments statistiques. Ceux-ci visent à exprimer et à rendre visible des exigences d’égalité et de justice. La confiance accordée à ce type d’outils a cependant été érodée, dans la période récente, par la montée en puissance des politiques d’inspiration néolibérale. En effet celles-ci utilisent largement des « indicateurs » quantitatifs pour contrôler les acteurs sociaux et les mettre en concurrence à travers des techniques comme le benchmarking. »

La statistique est-elle un outil de libération ou un outil de pouvoir ?

(Alain Desrosières, Stat-activisme. Comment lutter avec des nombres, par I. Bruno, E. Didier et J. Prévieux (dir.))

 

Un exemple intéressant, l’émission DATA GUEULE, de France 4, qui nous propose une lecture/contre lecture statistique qui, me semble-t-il, nous donne des éléments de réponse quant à la véritable nature des chiffres.

 

 

La puissance réthorique ne tient plus au sens ou aux mots mais à la quantité de pourcentage de taux par phrase carré. Et s’il s’agissait en réalité d’un mouvement hypnotique de la main gauche, tandis que la main droite fait les poches du réel ? Et s’il s’agissait d’un lexomil® ?

 

À vous qui comme moi ne savez pas compter, je vous invite à ré-introduire l’inconnu(e) comme valeur 100% positive et le mot et l’image comme vecteur de pensée !

Julien Vey • Atelier Belle Lurette

Par | 2017-04-30T10:49:25+00:00 mai 25th, 2015|J'accuse, car j'ai fait un rêve !|0 commentaire

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